Zimbabwe: l’Occident modère ses critiques pour ne pas faire le jeu de Mugabe

mugabe.jpgLONDRES: Les pays occidentaux, même s’ils espèrent voir le président zimbabwéen Robert Mugabe céder enfin sa place, se gardent de toute intervention trop ostensible avant les élections générales de peur de faire son jeu, se bornant à douter de leur caractère libre et équitable.
Les Etats-Unis, l’Union européenne (UE) et la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale, ont tous manifesté leurs doutes sur la régularité des élections législatives et présidentielle de samedi.
En 2002, M. Mugabe, qui brigue un sixième mandat à la tête de l’ex-Rhodésie britannique, avait été réélu à la suite d’un scrutin qualifié de frauduleux par les Occidentaux et l’opposition.

Au début du mois, après une réunion à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont dits “très préoccupés par la situation humanitaire, politique et économique au Zimbabwe, ainsi que par les conditions sur le terrain, qui risquent de compromettre la tenue d’élections législatives et présidentielle libres et régulières”.
Les Etats-Unis ont de même fait part de leur “profonde inquiétude” sur la régularité du scrutin. “Il est certain que le bilan du gouvernement Mugabe et la répression constante de l’opposition dans ce pays ne nous donnent pas beaucoup d’espoir que ces élections soient libres et justes”, a déclaré en février le porte-parole adjoint du département d’Etat, Tom Casey.
M. Mugabe, 84 ans, le doyen des chefs d’Etat africains, au pouvoir depuis 1980, a interdit à l’UE, aux Etats-Unis et au Commonwealth, qui ont tous adopté des sanctions contre le Zimbabwe en raison des violations des droits de l’Homme commises par le régime, d’envoyer des observateurs.
Seuls ont été invités la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), l’Union africaine (UA) et des pays amis comme la Chine, l’Iran ou la Russie.
L’Union européenne a malgré tout réaffirmé sa “volonté de continuer à saisir toute occasion de poursuivre le dialogue avec le gouvernement zimbabwéen et, dès que les conditions le permettront, de commencer à oeuvrer à la reprise d’une coopération pleine et entière”.
Les Occidentaux craignent qu’un discours plus musclé ne joue en faveur de M. Mugabe. Le président zimbabwéen, qui affrontera dans les urnes samedi le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai et son ancien ministre des Finances Simba Makoni, entré en dissidence, a axé sa campagne sur le rejet de l’Occident.
“L’intervention externe n’est pas la meilleure manière d’obtenir des changements et des réformes au Zimbabwe”, a observé pour l’AFP une porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères.
“La pression la plus efficace vient de la région et doit être de nature diplomatique et politique”, a-t-elle estimé, assurant qu’aucun des trois candidats ne bénéficiaient d’un “soutien particulier”.
“Ces élections sont très importantes. Nous souhaitons que le peuple zimbabwéen exerce librement son droit démocratique”, a-t-elle ajouté. “Il est important que ces élections se déroulent selon les critères internationaux.”
Pour Patrick Smith, rédacteur en chef de la publication spécialisée Africa Confidential, les Occidentaux ont eu raison de modérer leurs critiques. “Si l’Occident donne l’impression de soutenir un des partis d’opposition, c’est un peu un cadeau pour Mugabe”, a-t-il expliqué à l’AFP.
“Chaque fois que la Grande-Bretagne dit quelque chose, c’est utilisé par le parti au pouvoir et en particulier Mugabe pour dénigrer l’opposition”, a-t-il remarqué. “L’Occident est resté en dehors des élections et je pense que c’est probablement une bonne chose.”

AFP

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